Êtes-vous de ceux qui, comme moi, ont déjà été atteint du syndrome de la Mère Teresa? Ce syndrome cache une vérité inconsciente, et c’est exactement de cette réalité donc je veux vous parler aujourd’hui.

Je désire aborder ce sujet, car j’ai eu besoin de comprendre, afin d’aider réellement en me préservant. Comment dire? Je dois faire amende honorable, pour toutes ces années à penser que j’aidais, en fait « j’handicapais ».

Aujourd’hui, avec le recul, j’ai presque honte. Comme si, je réalisais, que mon âme de pyromane alimentait le feu pour éteindre quelque chose et se sentir plus utile. Bon, j’exagère un peu, mais, pourquoi je n’ai pas compris ça avant? Parce qu’on ne parle pas de cette réalité.

Le don de soi, ça parait bien dans un C.V., mais en fait, cette attitude révèle plus que des qualités de générosité, elle est souvent nourrie par l’âme du sauveur.
Comme on dit, « Il n’y a pas de médaille assez mince pour n’avoir qu’un seul côté »; oui je sais, ce syndrome part d’une belle intention, celle de faire le bien autour de soi, mais en réalité, si elle est inconsciente, elle handicape.
Nous surinvestir face à nos proches peut se transformer, pour soi, en trop grande implication, en perte d’énergie et trop souvent en déceptions et ayant pour résultats, de priver la personne d’une confiance en elle et de renforcer le sentiment profond d’être incapable de trouver ses propres ressources internes. Tout cela inconsciemment, évidemment.

J’ai longtemps voulu aider ceux qui m’entouraient, comme j’aurais aimé être aidé. Heureusement, lorsque je suis devenue orpheline, je dégageais la jeune fille qui n’avait besoin de personne, ce qui a limité l’accès à ceux qui rêvaient d’en faire plus. Le fait d’envoyer un message contradictoire m’a en quelque sorte, aidé et obligé à développer de nouvelles ressources en moi. Le fait d’être confronté à moi-même m’a permis d’user de créativité afin d’émerger et de me solidifier. Certains pourraient me faire remarquer que je me la suis jouée dure, que j’aurais pu y arriver plus facilement… mais avec le recul, je comprends qu’avec ma tête de mule, ce chemin était nécessaire pour moi et je suis persuadée, que mes plus grands outils étaient cachés dans cet espace sombre de moi, nulle part ailleurs.

Voyons la situation autrement… si mes tantes et mes amies avaient eu l’espace pour me prendre en main, pour me materner, pour répondre à mes besoins au-delà de leurs rôles, jamais je ne me sentirais si confiante aujourd’hui, j’aurais développé non seulement une « victimite » aigüe, mais je serais devenue dépendante du service des autres.

Dans mon parcours… tant de perfections. Je ne pourrai jamais assez remercier mes proches d’avoir cru en moi, plus que moi-même; ce fut mon moteur inconscient pour cheminer à mon rythme.

Il m’a fallu en prendre conscience, afin d’aider convenablement, non seulement mes proches, mais aussi pour les clients endeuillés que j’accompagne. Chaque personne a le droit aux choix dans sa vie, que ce choix soit facile ou non! Personne n’a le droit de décider pour quelqu’un, la façon de cheminer et grandir, chacun détient ce droit de créer sa vie, comme il l’entend. Si quelqu’un choisi le chemin d’une dépendance ou de tout autre comportement saboteur, libre à lui de le faire, de toute façon, on ne peut pas vouloir plus que la personne qu’on aide et je vous répète cette fameuse prémisse « on ne change pas pour les autres, on ne change, que pour soi-même », ce serait donc du temps perdu.

Qui suis-je pour décider qu’une personne n’aille pas « toucher le fond » pour aller y chercher un trésor caché? Qui suis-je pour décider, c’est sa vie…
A trop aider, j’éloigne cette personne à chaque fois de ce trésor, et je remplis mon vide d’impuissance, en la rendant inquiète et dépendante de moi. Plus je réponds à ses besoins, plus les muscles d’actions avec lesquels il doit agir, s’atrophient.
Pendant ce temps, je me surinvestis et je nourris son manque de confiance. Certains pourraient me trouver rigide dans mes pensées, vous avez raison, il n’y a pas si longtemps, j’étais de cet avis!

Si je veux avoir la fierté de gérer ma vie, je dois laisser à l’autre le droit légitime de mener la sienne. Oui, certains prennent des routes rocailleuses, mais qui suis-je pour décider de la route de quelqu’un?

Il faut être prêt pour le bonheur ! Et s’il manque des outils à saisir dans cette part d’ombre pour mieux retourner à la lumière, qui suis-je pour l’en empêcher!

Pour aider je dois accepter d’être impuissant devant la personne. Je dois me préserver afin de pouvoir être, même à distance, un miroir d’amour et de respect. Je peux lui rappeler que je connais son intelligence et que j’ai confiance, qu’il saura prendre les ressources nécessaires afin de trouver la meilleure route pour lui. Si on est dans le jugement, c’est un bon indice afin de comprendre qu’une distance est nécessaire.

On ne reconnait pas les vrais amis aux besoins qu’ils comblent chez les autres, mais par leurs capacités de demeurer impuissant devant ceux qu’ils aiment, et ce, qu’ils soient en accord ou non! C’est tellement inconfortable l’impuissance, qu’il faut réellement aimer pour accepter ce rôle. La tentation demeure toujours présente de trouver la solution, mais on doit se rappeler qu’aimer c’est aider l’autre à retrouver sa propre confiance, sa propre estime et que cela est plus important, que mon besoin de me sentir indispensable.

Merci à toutes les personnes qui se sont préservées et qui ont continuées de m’aimer, ils m’ont servies de modèle pour apprendre à mieux aimer et enfin changer, pour la personne la plus importante dans mon monde, MOI!

À noter que: « J’handicapais » s’écrit dans un français parfait comme ceci : Je handicapais ;), mais diminuait la fluidité de lecture 😉