C’était un bel après-midi d’automne, je faisais du shopping relaxe, vous savez, une de ces journées ou vous savez pertinemment que puisque vous avez le budget, vous ne trouverez rien ! C’était une de celle-ci !
C’est alors dans cette légèreté qu’avait commencé ma journée, si j’avais su de quelle façon elle allait brusquement changée de CAP. N’allez pas imaginer le drame, celui était survenu il y a longtemps déjà. Parfois ce ne sont pas les événements qui créés l’impact, mais plutôt le moment ou on ‘’ load’’ l’information.
C’est donc entre deux présentoirs de robe fleuries, que j’ai croisée une vieille amie du secondaire. Un bonheur d’entendre les accomplissements d’une si belle personne, comme si je revenais dans le temps, l’espace d’un moment. S’intéressant à son tour à mon parcours, à travers milles et une questions, elle me demanda tout bonnement : ‘’ Tu es dans le coin pour visiter tes parents ?’’. ‘’Non, mes parents sont décédés.’’ Et de me répondre : ‘’ Tu es orpheline ?’’

Et vlan, dans les dents ! Arrêt sur image, j’ai eu l’impression de déconnecter de mon corps. C’est à ce moment précis, exactement 8 ans après le deuil de ma mère, entourée de robes fleuries, que je comprenais que je détenais ce titre, peu convoité! J’étais orpheline, moi !
Je ne me rappelle pas la fin de cette discussion, je ne l’ai peut-être même jamais terminée, je me souviens seulement qu’à ce moment, je ne pouvais plus fuir la réalité. La Karine d’aujourd’hui dirait : ‘’ Il était temps !’’.

Pour moi, orpheline, c’était comme dans le film ‘’Annie’’, que j’écoutais en loupe, ou les dessins animés de Rémi sans famille que ma mère avait tôt fait de m’interdire l’écoute après quelques épisodes seulement, car elle me retrouvait cachée dans le coin du fauteuil, les yeux bouffis à trop pleurer. Mon cœur touché, comme s’il comprenait ce que j’allais traverser quelques années plus tard.
Oui, ce fût une bizarre de journée, mais aussi la première pour assumer ma réalité et dédramatiser, car la réalité était la même et j’avais survécu ! Venait maintenant le temps de regarder derrière et d’être fière. Quoi qu’on ne désire l’entendre dans les premiers moments, le temps fait son œuvre dans l’ombre de nos peines. Le temps comme un courant d’eau, polie à sa façon tous les coins trop pointus de nos épreuves.
Chacun son histoire, la mienne n’est pas pire qu’une autre, même que je vous épargne des moments de gratitude incomparables que j’ai vécus, mais aujourd’hui, avec le recul, je considère que l’on parle trop peu des difficultés que vit un enfant, ou un jeune adulte, à la perte d’un parent.

Cette réalité crée un impact foudroyant dans la manière de s’attacher aux gens par la suite. Le deuil nous impose une petite voix, qui prend place, au départ, pour nous protéger, mais elle devient sournoisement l’ennemie juré de l’orphelin. Cette petite voix, stimule les peurs d’abandon, de rejet et soupçonne tout risque de perdre à nouveau, ce qui déguise parfois les raisons d’aimer et d’être aimé.
Plus jeune je croyais que j’étais la seule à se handicaper la vie avec ses deuils, chez moi, on ne parlait pas de ça et on m’a souvent rappelé sur un drôle de ton, que j’étais hyper sensible, ce qui eut l’effet de me discréditer moi-même dans ce que je ressentais. C’était assurément moi le problème ! Jusqu’à ce qu’un moment donné, un de mes cousins, aussi orphelin, me demanda : ‘’ Cousine, estce qu’on s’en sort un jour ?’’. J’ai compris que nombreux nous sommes, à se battre avec quelque chose qu’on ne comprend pas ! Parce qu’on n’en parle pas, parce qu’on a honte, qu’on ne se reconnait plus ! Nos épreuves sauront se transformées en force, mais pour se faire nous devons les assumer et nous devons en parler !
Quoi qu’il en soit, assumer sa vie et son histoire demeure primordial. Comprendre que perdre ses repères en bas âge, amène son lot de peurs, mais développe par le fait même des forces incomparables, tel un éveil à l’empathie, un regard humain sur les situations de souffrances, une capacité à apprécier ce qu’on a au détriment de ce que l’on voudrait, ce n’est pas rien ! J’oserais répéter que l’œuvre du temps a su changer ma vision de l’orpheline de ce début de récit.

La petite voix me souffle maintenant à l’oreille, de reconnaitre la chance que j’aie eu de recevoir tant d’amour et d’avoir su le cultiver pour toujours.