Je suis en deuil et je veux te remercier, toi qui es à mes côtés!

Pardonne-moi de vivre un deuil !
Pardonne-moi, j’ai un peu honte de le dire, mais je ne me reconnais plus. Je crois que je ne serai plus jamais la même!

Pardonne-moi de ne pas être la même bonne amie en ce moment, moi qui aime tant ta présence et tes confidences, il m’est difficile de t’entendre et de te tendre les bras; non pas parce que tu es moins précieuse à mon cœur, mais plutôt qu’à court d’énergie, je me dois de me concentrer, afin de revenir à toi, en toute loyauté.

Pardonne-moi de ne pas être au meilleur de moi-même… J’ai de la difficulté à mettre des « mots » sur mes « maux ». Même la sensation d’être dans la lune ne m’offre plus la pause d’esprit tant espérée.

Pardonne-moi de ne pas vouloir de conseils en ce moment, car de toute façon, tout sonne comme l’écho dans ce vide qui m’habite. La recherche de solutions ne fait que m’étourdir et m’éloigner.

Pardonne-moi qu’à travers ma tornade intérieure, il me soit difficile d’exprimer ma gratitude envers tout ce que tu fais pour moi. Tout me porte à croire que mon sourire s’est atrophié, l’intensité n’y est plus la même.

Pardonne-moi mes sautes d’humeur, mes impatiences, mes intolérances, mes contorsions. Tu sais que j’ai de la difficulté à me supporter moi-même. Je m’efforce de cacher tout ce désordre, mais je sais que, malgré tout, toi, tu t’en doutes bien.

Pardonne-moi pour mes engagements non tenus et ma difficulté à accepter tes 1000 projets afin de me changer les idées, mais je dois décliner, afin de me préserver, lorsque je sais que la force de faire semblant est « backorder ».

Pardonne-moi de tout remettre en question, je suis remplie d’incohérences. Mes pensées se bousculent constamment. Merci de comprendre qu’à travers mes « Vas t’en, mais reste ici » se cache un souci de ne pas t’imposer la lourdeur de ma présence.

Pardonne-moi de décliner tes invitations, parfois de ne pas retourner tes appels, mais je laisse souvent le contrôle au silence, espérant qu’il balaie tout sur son passage, y compris mes pensées et mes vieux loups.

Pardonne-moi de tout oublier, ma boussole interne ne pointe plus le Nord, je suis insécure, j’ai perdu mes repères; on me dit que c’est normal, je me sens perdue dans un labyrinthe.

Pardonne-moi de te laisser dans cette position inconfortable de l’impuissance. Tu ne le sais pas encore, mais c’est exactement ce qu’il me faut afin de me guérir. Je sais que c’est exigeant pour toi de me voir souffrir, je sais que tu aimerais tant diminuer ma souffrance, mais sache que de te savoir là, dans cette posture, est assurément le plus beau signe d’amour que tu puisses me donner présentement.

Merci…
Merci de me laisser me plaindre, à petite dose, ça me fait l’effet d’un anti-inflammatoire, quoique ça ne change en rien la situation, je te confie que c’est secrètement une façon cachée de vivre ma colère.

Merci de me rappeler qu’être fort, c’est accueillir ses émotions quand elles se présentent et, surtout, ne te gêne pas de me rappeler que de les garder en moi ne m’aidera pas. Remémore-moi qu’un tel marathon émotif peut assurément me demander un temps d’arrêt.

Merci de comprendre que, bien que je sois souvent le pilier autour de moi, j’ai peine à l’avouer, mais je désire aussi faire prendre soin de moi. Sans me materner, simplement en m’aimant imparfaite, comme je suis.

Merci de me permettre de croire en toi, car ma foi est ébranlée et même si tu n’es pas Dieu ou une autre présence supérieure populaire, tu me permets, indirectement, de maintenir ce fil, qui me ramènera à croire en moi le temps venu.

Merci d’oser me demander mes besoins, merci d’accepter qu’il me soit difficile de répondre, car l’envie de quelque chose s’est échappée avec l’être aimé.

Merci de comprendre que la solitude peut être nécessaire à la reconstruction, comme une chenille dans son cocon, afin de devenir un papillon.

Transforme ton inquiétude en confiance en moi, en mes capacités.
Aime-moi assez pour ne pas me dire quoi faire.
Aime-toi assez pour maintenir tes limites.

Sache que ce n’est pas parce que je ne dégage pas la vie, que je suis en train de mourir…

Rappelle-toi toujours que tout ce que tu sèmes en moi grandira, que ton amour, ton support, ta présence au-delà de ton impuissance sont les plus grandes preuves d’amour.

… Que si ta souffrance est trop grande et qu’elle se transforme en absence, un jour je saurai comprendre que l’amour prend plusieurs codes pour exprimer son message… Car la confiance en moi que je vois dans tes yeux grandira elle aussi et j’en récolterai les fruits!

Merci!

Karine Leclerc (Extrait de son livre : Le deuil est un chemin de Compostelle intérieur)
Karineleclerc-deuil.com

Extrait du livre Le deuil est un chemin de Compostelle intérieur — Auteure : Karine Leclerc — Publié en 2020.